Le Cameroun fait avancer l'interdiction d'exportation de grumes de la CEMAC : une mesure importante pour lutter contre la criminalité forestière — EIA
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Le Cameroun fait avancer l’interdiction d’exportation de grumes de la CEMAC : une mesure importante pour lutter contre la criminalité forestière

Washington, DC/Yaoundé – L’Agence d’investigation environnementale (EIA) salue la décision du gouvernement camerounais d’élargir la liste des essences forestières dont l’exportation sous forme de grumes brutes est interdite. Comme l’ont démontré les multiples enquêtes menées par EIA, l’exportation de grumes profite en tout premier lieu aux entreprises voyous du secteur forestier au détriment des écosystèmes, des communautés et de l’économie nationale. 

Le 28 avril 2026, le ministre cameroonais des Forêts et de la Faune a signé un arrêté ajoutant 15 espèces à la liste couverte par l’interdiction nationale d’exportation de grumes, notamment : le Bossé Clair (Guarea cedrata), le Bossé Foncé (Guarea thompsonii), le Bubinga Rose (Guibourtia pellegriniana), le Bubinga Rouge (Guibourtia demeusei / Guibourtia tessmannii), le Dibétou/Bibolo (Lovoa trichilioides), l’Ekaba/Ekop Ribi (Berlinia bracteosa),Ovengkol/Bubinga E (Guibourtia ehie), Padouk Blanc (Pterocarpus mildbraedii) et Padouk Rouge (Pterocarpus soyauxii). 

Cette décision s’inscrit dans le cadre de l’engagement régional pris au titre de la décision n° 06/24-UEAC-225-CM-41 de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) du 23 février 2024, qui prévoit l’interdiction progressive de l’exportation de grumes non transformées en Afrique centrale d’ici 2028. Au Cameroun, cette réforme s’appuie également sur la loi n° 2024/008 du 24 juillet 2024 relative à la région forestière et faunique, qui renforce le cadre juridique et politique du pays en matière de gestion durable des forêts.

Fabrice Lamfu, responsable du programme Afrique à EIA US, a déclaré : “L’interdiction d’exporter des grumes ne mettra pas fin du jour au lendemain à tous les crimes forestiers, mais elle augmente le coût de l’illégalité et, à terme, aura un effet dissuasif sur les acteurs criminels.” Selon les enquêtes menées par l’EIA dans les pays du bassin du Congo depuis plus d’une décennie, y compris au Cameroun, l’exportation de grumes en violation des lois nationales est sans doute le crime forestier le plus important de la région, tant en volume qu’en termes de revenus. Il s’agit d’un crime qui porte atteinte aux écosystèmes forestiers fragiles, aux moyens de subsistance et, surtout, aux finances publiques. 

Cette étape importante place le Cameroun en bonne position pour atteindre l’objectif régional fixé par la CEMAC visant à mettre fin aux exportations de grumes de la région d’ici 2028. EIA appelle les institutions gouvernementales, les opérateurs du secteur privé, les organismes régionaux et les partenaires internationaux à intensifier leurs efforts pour éliminer les exportations de grumes et garantir le strict respect de la nouvelle classification.

La mise en œuvre effective de l’interdiction sera également cruciale pour se conformer au Règlement sur la déforestation de l’Union européenne (RDUE), dont l’entrée en vigueur est prévue en décembre 2026. De plus, en tant que partenaire commercial et diplomatique majeur du Cameroun, l’UE devrait soutenir activement la mise en œuvre du nouvel arrêté ministériel. Benoit Ndameu, chargé de campagne pour le bassin du Congo à EIA US, a déclaré : “L’extension de la liste des espèces protégées de 76 à 91 est une mesure forte et nécessaire. Ce qui importe désormais, c’est une mise en œuvre et une application cohérentes dans l’ensemble du secteur.”

L’EIA reste déterminée à soutenir cette transition au Cameroun et dans l’ensemble de la région de la CEMAC en renforçant la transparence, en consolidant la surveillance indépendante des forêts et en collaborant avec ses partenaires pour garantir la traçabilité des flux de bois. La mise en œuvre intégrale de l’interdiction d’exporter des grumes d’ici 2028 n’est pas seulement engagement politique, mais aussi une opportunité économique stratégique pour stimuler la valeur ajoutée locale, réduire l’exploitation forestière illégale et améliorer la gouvernance du secteur. 

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