Des Grumes à la Croissance Locale — EIA
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Des Grumes à la Croissance Locale

Faire de l’interdiction d’exportation des grumes au Congo une réalité

Le Congo à la croisée des chemins

 En janvier 2026, des responsables des administrations publiques et des dirigeants de la société civile se sont réunis à Ouesso, en République du Congo, pour relever un défi crucial : comment faire de l’interdiction de l’exportation des grumes dans le pays, une réalité concrète. En vertu d’une directive Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) de 2024, les États membres (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad, République centrafricaine) ont convenu de mettre fin à l’exportation de bois non transformé d’ici le 1er janvier 2028. 

Organisée par le Centre d’Actions pour le Développement (CAD), la réunion de Ouesso a révélé à la fois un fort soutien et de sérieux obstacles. « Les résultats observés à ce jour ont été qualifiés de mitigés », note le rapport. Certains responsables locaux de l’administration publique ont pris connaissance de la directive CEMAC qu’au cours de la réunion elle-même, soulignant de graves lacunes dans la communication et la préparation. 

La société civile éclaire

Le CAD a utilisé cette réunion pour présenter les résultats des missions de surveillance dans le Kouilou, à Pointe-Noire et dans la région de la Sangha. Un problème clé : le manque de clarté réglementaire. Aucun texte ne définit ce qu’on entend par bois « transformé », créant une faille où le sciage de base des rondins au carré, appelé équarrissage, est présenté comme une transformation complète. « Certaines entreprises contournent la loi en exportant des grumes légèrement modifiées », a averti CAD.

Pire encore, les autorités continuent de délivrer des « permis spéciaux » qui permettent à certaines entreprises d’exporter du bois brut, ce qui sape l’objectif de l’interdiction. Sans normes claires et appliquées, de telles failles laissent l’interdiction sans effet.

Par ailleurs, au cours des missions de surveillance, des agents locaux ont admis avoir du mal à agir contre des intérêts puissants.

Douleur à court terme, gain à long terme 

En effet, certains services ont signalé une baisse des recettes douanières depuis l’entrée en vigueur de l’interdiction en 2023, et les entreprises forestières ont mis en garde contre des baisses de productivité et des licenciements. Ces préoccupations font écho à l’expérience du Gabon : après l’interdiction des exportations des grumes en 2010, les recettes fiscales ont chuté de 80 % au début.

Cependant les bénéfices à long terme sont significatifs. Les projections de la CEMAC suggèrent qu’un traitement local complet dans la région pourrait générer plus de 60 000 emplois et augmenter les recettes publiques de 25 %, tout en attirant des milliards de nouveaux investissements. Comme l’a confirmé le rapport de Ouesso, l’interdiction doit être vue « non comme une contrainte, mais comme un levier de développement économique et de souveraineté industrielle ».

Élan régional 

Le Congo n’est pas seul. Le Gabon est le leader de la région grâce à son application précoce et soutenue. Le Cameroun, bien que plus lent, a interdit l’exportation de 76 espèces de bois en 2024 et prévoit une application complète d’ici 2028. La Guinée équatoriale, la RCA et le Tchad ont pris des engagements politiques, bien que la mise en œuvre reste limitée.

La date limite révisée de la CEMAC en 2028 offre une fenêtre finale d’action. La question est maintenant de savoir si les pays peuvent faire correspondre l’engagement à la réalisation.

La voie à suivre

La réunion de Ouesso a produit de fortes recommandations :

  • Leadership: Une supervision de haut niveau par le Premier ministre ou la présidence est nécessaire pour une meilleure coordination des autres ministères et éviter une application fragmentée.
  • Clarté juridique: le Congo doit définir d’urgence ce qui qualifie de « bois transformé », fixer des seuils de transformation et mettre à jour les tarifs.
  • Coordination: Les services départementaux (foresterie, douane, transports, environnement) doivent collaborer régulièrement pour faire appliquer l’interdiction de manière uniforme.
  • Surveillance indépendante: Un mécanisme de surveillance dirigé par la société civile devrait suivre les violations et émettre des alertes en temps réel. Ces mesures ne se contenteront pas de combler les failles ; Ils créeront confiance et légitimité.

Une interdiction qui vaut la peine d’être effective

Ce n’est pas qu’une politique technique, c’est une occasion de reprendre la souveraineté sur une ressource essentielle. Si elle est appliquée, l’interdiction d’exportation des grumes pourrait transformer le Congo et ses voisins d’exportateurs de matières premières en industries du bois prospères. Les communautés gagneraient des emplois et des revenus, les gouvernements augmenteraient leurs recettes, et les forêts seraient gérées de manière plus durable. 

À l’approche de 2028, le message de Ouesso est clair : il est temps d’agir. Avec coordination, clarté et courage, le Congo peut montrer l’exemple à l’Afrique centrale et faire du bois, souvent perçu comme une opportunité manquée, un véritable moteur de croissance nationale.