LE PREMIER PRODUCTEUR MONDIAL DE COBALT ADMET L'ÉMISSIONS DE GAZ TOXIQUE, LE GOUVERNEMENT DE LA RDC ANNONCE UNE INSPECTION — EIA
Aerial view of industrial facility

Herman Kambala/Arete/EIA

LE PREMIER PRODUCTEUR MONDIAL DE COBALT ADMET L’ÉMISSIONS DE GAZ TOXIQUE, LE GOUVERNEMENT DE LA RDC ANNONCE UNE INSPECTION


Lubumbashi, Washington, D.C. – À la suite de la publication du rapport de l’Agence d’investigation environnementale (Environmental Investigation Agency, EIA) et de PremiCongo intitulé « Une transition toxique », et des allégations selon lesquelles le plus grand producteur mondial de cobalt, CMOC Group Ltd. (CMOC), aurait pollué l’air et provoqué une crise sanitaire en République démocratique du Congo (RDC), le gouvernement de la RDC a annoncé qu’une inspection menée par les autorités aurait bientôt lieu à la mine de Tenke Fungurume.

EIA et PremiCongo saluent la réaction du gouvernement de la RDC et lui offrent leur pleine coopération, notamment en partageant leur base de données contenant plus de 1 200 dossiers médicaux documentant la crise sanitaire à Fungurume, ainsi qu’une étude indépendante commanditée démontrant la pollution atmosphérique qui aurait été causée par la filiale de CMOC, Tenke Fungurume Mining. EIA se réjouit de soutenir l’initiative du gouvernement de la RDC, comme elle le fait depuis plus de sept ans au Gabon, avec le développement du système national de traçabilité du bois le plus avancé du bassin du Congo.

EIA et PremiCongo demanderont également à être invités à soutenir la mission de terrain, en tant qu’observateurs indépendants. Une inspection rigoureuse et transparente qui permettrait la collecte et l’analyse des données de suivi des émissions atmosphériques de dioxyde de soufre (SO2) pour les années 2023 et 2024 serait capital puisque l’entreprise a récemment admis pour la première fois, après l’avoir nié pendant des mois, qu’elle a effectivement été responsable de pic d’émissions en 2023 et 2024. 

L’admission par l’entreprise et la reconnaissance par le gouvernement des allégations selon lesquelles les activités minières de TFM auraient empoisonné des familles vivant à proximité de la mine constitue une avancée importante, comme l’explique Christian Bwenda, coordinateur de PremiCongo : « C’est une victoire pour les communautés et les personnes qui ont résisté et dénoncé ce problème environnemental pendant des années. Il est temps maintenant que notre gouvernement fasse sa part et fasse la lumière sur la crise sanitaire et la pollution causées par TFM à Manomapia, Kabombwa et dans d’autres régions. »

Parmi les principales conclusions de l’enquête menée par EIA, on note notamment que, d’après l’analyse de plus de 1 200 dossiers médicaux, des dizaines de familles vivant à proximité de la nouvelle usine de transformation “30k” ont consulté un médecin pour des saignements de nez, des crachats de sang et des maladies respiratoires graves. Ces symptômes correspondent à une exposition au SO2 et rejoignent les plaintes formulées de longue date par les membres de la communauté, qui remontent à la mise en service de l’usine 30k..

Un suivi indépendant de la qualité de l’air commandé par EIA a révélé que les niveaux de SO2 dans le quartier de Manomapia avaient dépassé les directives de l’Organisation mondiale de la santé à plusieurs reprises entre septembre 2024 et janvier 2025, avec notamment des niveaux qui sont restés supérieurs aux seuils de sécurité pendant plusieurs heures d’affilée.

Selon l’enquête d’EIA, plus de 12 000 personnes ont été déplacées en raison de l’expansion de TFM depuis 2022. Certains habitants ont déclaré aux enquêteurs n’avoir reçu qu’une indemnisation de 60 dollars américains, et ont affirmé que leur niveau de vie s’était détérioré suite à la délocalisation (ce qui contredit la loi en vigueur). Ils ont également expliqué qu’on leur avait demandé de signer des accords de relogement avant de leur indiquer le montant qu’ils recevraient. TFM aurait conservé la seule copie des contrats signés.

Dans sa réponse aux conclusions d’EIA, TFM semble tenter de jeter le doute sur la validité des constatations et des conclusions du rapport, notamment quant à l’existence d’une crise de santé publique à Manomapia et à la présence d’émissions de SO2 dépassant les normes de sécurité internationales. EIA a décidé d’apporter des réponses détaillées aux critiques de TFM dans un document dédié disponible ici. Les éléments avancés par TFM ne constituent pas un contre-argument solide. EIA maintient pleinement ses constatations et ses conclusions, et se réjouit à l’idée d’entamer des discussions ouvertes, sérieuses et transparentes sur la surveillance du SO2 avec l’entreprise, en présence d’experts indépendants.

Alors que TFM laisse entendre la possibilité d’une action en justice contre EIA, il convient de rappeler que, selon le Code minier de la RDC (article 285 ter), en tant que titulaire d’un permis minier, la responsabilité de TFM est engagée « en cas de contamination directe ou indirecte du fait des activités minières ayant un impact sur la santé de l’homme et/ou entraînant la dégradation de l’environnement et se traduisant notamment par la pollution des eaux, du sol, de l’atmosphère et causant des dommages à l’homme, à la faune et à la flore.  ».

« La santé et le bien-être de communautés entières sont en jeu ici. TFM affirme que ses propres mesures de surveillance démontrent sa conformité. Nous appelons TFM à publier l’intégralité de ses données quotidiennes de surveillance du SO2 – dès maintenant, publiquement et dans leur intégralité », déclare Alexander von Bismarck, directeur exécutif d’EIA. Si la publication des données de surveillance du SO2 par TFM est nécessaire, elle ne suffit pas à garantir la sécurité des riverains. C’est pourquoi l’EIA soutient la mise en place d’un programme communautaire de surveillance de la qualité de l’air qui apportera de la transparence de l’autre côté de la clôture de TFM.

La prise de conscience croissante de ce problème en RDC et la décision rapide d’intervenir prise par le gouvernement congolais contrastent avec le silence des constructeurs automobiles, notamment BMW Group, Mercedes-Benz, Stellantis et Volkswagen , qui, selon l’enquête d’EIA s’approvisionnent en cobalt auprès de TFM depuis des années. Des solutions pragmatiques à la crise de la pollution existent également du côté de la demande : les constructeurs automobiles pourraient soutenir la surveillance menée par les communautés, participer à des initiatives multipartites et modifier leurs pratiques de diligence raisonnable afin de prévenir et d’atténuer les atteintes à l’environnement et aux droits humains qui auraient été causées en RDC.

« Le principe de précaution doit prévaloir, de la mine jusqu’au constructeur automobile, tandis que le gouvernement, l’entreprise et les communautés s’efforcent tous de comprendre les impacts des activités de TFM », déclare von Bismarck. 

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Contact presse et média:Holly Koch, Communications and Media Lead, EIA US, [email protected]