11 responsables communautaires emprisonnés en RDC — EIA
Pile of rubble marking when a home used to be

Herman Kambala/Arete/EIA

11 responsables communautaires emprisonnés en RDC

Le prix inacceptable à payer pour dénoncer la société minière Tenke Fungurume Mining

Contact presse et média:

Luke Allen, Chargé de campagne au programme Afrique, EIA US, [email protected]

Jean-Pierre Lwamba, Directeur du Programme des Droits Humains, Afrewatch, [email protected]

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Lubumbashi, Washington, DC – Un collectif d’organisations de la société civile internationales et nationales s’unissent pour condamner l’arrestation et la détention arbitraire de 11 leaders communautaires de la province du Lualaba en République démocratique du Congo (RDC). Ces leaders ont été arrêtés pour avoir protesté contre les répercussions sur leur vie, leurs moyens de subsistance et leur santé des activités de Tenke Fungurume Mining (TFM), l’une des plus grandes sociétés minières de cuivre et de cobalt au monde et la filiale du Groupe CMOC, le plus grand producteur mondial de cobalt.

Comme l’a rapporté l’Observatoire Africain des Ressources Naturelles (AFREWATCH), 11 leaders de la communauté délocalisée de Kabombwa ont été arrêtés le 1er mai 2026 et sont maintenus pour la majorité d’entre eux en détention depuis lors. Les leaders ont été arrêtés à Kabombwa, leur ancien village, où ils étaient revenus s’installer quelques jours plus tôt pour protester contre un processus de délocalisation qu’ils jugeaient injuste. A ce jour, 8 individus sont toujours détenus. Les leaders communautaires avaient adressé un lettre d’information à l’autorité communale de Fungurume, datée du 7 avril 2026, avant de prendre la décision de rentrer dans leur ancien village. 

En 2020, TFM a construit une usine de chaux près de la communauté de Kabombwa sans consulter les centaines d’habitants vivant à proximité, et ce malgré les inquiétudes de longue date concernant les répercussions de l’aménagement du site sur l’environnement et la santé publique. Les médias et la société civile ont à plusieurs reprises rapporté, notamment sur la base d’analyses scientifiques spécifiques, que l’usine de chaux serait la cause de pollutions de l’air, de l’eau et des sols, avec divers effets néfastes sur les écosystèmes et la santé humaine. TFM a nié ces accusations. 

Les populations déplacées ainsi que les médias et les organisations de la société civile ont tiré la sonnette d’alarme face aux graves problèmes de santé auxquels sont confrontées ces populations, ainsi qu’aux conditions économiques extrêmement précaires dans lesquelles elles se trouvent désormais. Le règlement minier de la RDC stipule que toute personne relogée en raison d’activités minières a droit au « restauration ou à la création de conditions de vie égales ou supérieures à son niveau de vie antérieur ». La relocalisation des habitants de Kabombwa semble s’être déroulée en contradiction flagrante avec les exigences explicites inscrites dans la législation de la RDC.

« L’arrestation des leaders communautaires de Kabombwa est extrêmement préoccupante », a déclaré Jean-Pierre Lwamba, d’AFREWATCH. « Soyons clairs : ces arrestations étaient arbitraires et, d’après les sources avec lesquelles nous nous sommes entretenus, elles auraient été menées à la suite d’une plainte de TFM et, selon les informations que nous détenons, avec la participation d’agents de l’entreprise ».

En mars 2026, le rapport « Transition Toxique » d’EIA et PremiCongo a documenté des allégations de pollution toxique provenant de l’usine “30k” de TFM, laquelle aurait provoqué une crise de santé publique dans la communauté voisine de Manomapia et entraîné une nouvelle vague de déplacements touchant des milliers de personnes. En s’entretenant avec des membres de la communauté de Kabombwa, quelques jours seulement avant leur arrestation, M. Bwenda avait appris qu’avec la publication du rapport, la couverture médiatique nationale et internationale dont il avait fait l’objet et la déclaration publique du gouvernement de la RDC qui avait suivi, les gens avaient le sentiment que leur voix avait enfin été entendue. 

Selon les conclusions d’EIA et de PremiCongo, l’hydroxyde de cobalt produit par TFM est largement utilisé par les constructeurs automobiles du monde entier, notamment dans les véhicules électriques fabriqués par des entreprises telles que BMW, Mercedes-Benz, Volkswagen et Stellantis.

« Il devient de plus en plus difficile de concilier les violences systémiques faites aux communautés locales et les promesses que les constructeurs automobiles s’approvisionnant en cobalt auprès de TFM font à leurs consommateurs concernant des véhicules électriques issus de sources éthiques », a déclaré Alexander von Bismarck, directeur exécutif de l’EIA.


De ce qui précède, les organisations signataires recommandent : 

Au gouvernement de la République Démocratique du Congo de:

  • Procéder à la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes détenues.
  • Garantir la protection des défenseurs des droits humains et mettre fin à toute forme d’intimidation, de harcèlement ou de criminalisation des acteurs communautaires.
  • Ouvrir une enquête indépendante et transparente sur les circonstances des arrestations et les allégations de violations des droits humains et des droits des communautés.

Aux sociétés qui ont TFM dans leurs chaînes d’approvisionnement: 

  • Exercer une vigilance accrue afin de garantir le respect des droits humains et des droits des communautés dans les zones d’exploitation minière.
  • Conditionner leur marché et approvisionnement au respect des normes internationales en matière de droits humains et de gouvernance responsable des ressources naturelles.

Signataires

Action pour la Défense des Droits Humains (ADDH)

African Resources Watch (Afrewatch)

Centre d’Aide Juridico-Judiciaire (CAJJ)

Environmental Investigation Agency US (EIA)

Initiative pour la Bonne Gouvernance et les Droits Humains (IBGDH)

Initiative pour la Protection des Droits de l’Homme et la Réinsertion Sociale (IPDHOR)

Observatoire d’Études et d’Appui à la Responsabilité Sociale et Environnementale (OEARSE)

Protection des Écorégions de Miombo au Congo (PremiCongo)

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