La République du Congo doit protéger les lanceurs d'alerte et faire respecter l'interdiction d'exporter du bois — EIA
Pile of logs marked SEFYD on a truck

Photo: Centre d’Actions pour le Développement (CAD)

La République du Congo doit protéger les lanceurs d’alerte et faire respecter l’interdiction d’exporter du bois

Read in English

L’Agence environnementale d’investigation (Environmental Investigation Agency – EIA) est profondément préoccupée par les récentes allégations de menaces proférées à l’encontre d’employés de la Société d’Exploitation Forestière Yuan Dong Congo (SEFYD), à la suite de la diffusion d’un documentaire de TV5Monde sur des exportations présumées illégales de grumes. Le reportage de TV5 apporte de nouvelles preuves que l’interdiction d’exporter du bois brut en République du Congo – en vigueur depuis 2023 – a été systématiquement contournée, et que des entreprises, dont SEFYD, ont su tirer profit d’une application laxiste de la loi.

Cette interdiction, établie par la législation nationale et soutenue par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), vise à faire évoluer la République du Congo vers une économie fondée sur la transformation locale du bois brut, la fabrication locale, la création d’emplois et la réduction de la criminalité forestière, plutôt que sur l’exportation de grumes brutes. Les enquêtes menées par EIA depuis près d’une décennie, notamment en République du Congo, ont montré que l’exportation de grumes brutes profite principalement aux malfaiteurs et favorise des taux élevés d’exploitation forestière illégale. 

Après la diffusion par la chaîne française TV5 d’une série de reportages montrant comment la société chinoise SEFYD enfreint l’interdiction nationale d’exportation de grumes, des organisations de la société civile congolaise ont signalé que des travailleurs avaient reçu des menaces et subi des pressions pour dénoncer les collègues ayant parlé aux journalistes. 

« Les personnes qui dénoncent des actes répréhensibles dans l’intérêt général doivent être protégées, et non punies », a déclaré Fabrice Lamfu, responsable du programme Afrique d’EIA . « Les lanceurs d’alerte jouent un rôle essentiel dans la mise au jour de la corruption, la protection des ressources naturelles nationales et le renforcement de la confiance du public. Toute mesure de représailles à l’encontre des travailleurs qui coopèrent avec les journalistes ou les autorités porterait atteinte au principe de responsabilité et à l’État de droit. »

Le gouvernement congolais nouvellement nommé doit veiller à ce que l’impunité dans le secteur forestier ne soit pas tolérée. Des mesures immédiates doivent être prises pour garantir la protection de tous les travailleurs et témoins liés à cette affaire, notamment en les protégeant contre le licenciement, l’intimidation, les mutations forcées ou toute autre forme de représailles. Un examen crédible et indépendant des allégations renforcerait également la confiance dans les institutions de l’État et démontrerait un engagement en faveur de la bonne gouvernance.

L’enquête médiatique récente, menée en collaboration avec le Pulitzer Center, souligne la nécessité urgente d’appliquer pleinement l’interdiction d’exportation de grumes, de mettre fin aux activités illégales et d’instaurer la transparence et la responsabilité dans le secteur forestier, afin de gérer et de préserver les forêts du pays pour les générations futures.